A mes moments perdus, j’apprends à marcher à une statue – Andrée Simons

Publié le par Ernest J. Brooms

Lors de ma dernière promenade dans le Jardin du Mayeur,  j’ai découvert  la statue d’un petit garçon qui m’a donné une envie irrésistible ; lui apprendre à marcher ! Oui,  ce n’est pas une folie… non pas une lubie … peut-être un rêve… délicieusement espiègle… je l’ai regardé et lui ai demandé : n’es-tu pas triste d’être si  peu mobile à ton âge ?

 

Dans un premier temps il ne m’a pas répondu. Je lui ai raconté que Marie m’a proposé de lui apprendre à marcher et à découvrir la vraie vie d’un p’t djambot ! Cela fait plus de huit fois que je lui rends visite !

 

A chaque fois,  je lui fais découvrir la chance qu’il aurait de faire de merveilleuses découvertes et de belles rencontres ! Aujourd’hui,  j’ai tout mon temps,  je suis retraitée… pas encore trop vieille, je suis très patiente et tellement heureuse de lui rendre visite et peut-être réussir à réaliser mon rêve : le faire marcher !

 

J’inventerais presque, que des moments perdus, quel rêve!

 

Comment arriver à le convaincre qu’il n’a rien à craindre ?  Que je veillerai sur lui, rien de fâcheux ne peut lui arriver, avec la promesse formelle de le remettre  à sa place, après chaque escapade !

 

Je pense qu’il hésite de moins en moins… la tentation est immense… tellement il a envie de me suivre… apprendre à marcher…. c’est vivre… Elle n’est pas un peu folle cette petite dame ?

 

J’aimerais l’emmener découvrir la vraie vie des enfants … dans les crèches, les maternelles, partout, là où il n’y a que des enfants !

 

Il me semble quelque fois si seul dans ce beau jardin, empli de plates bandes de fleurs au fil des saisons,  quelques arbres centenaires qui veillent sur lui,  mais qui  en cette saison sont entièrement dénudés !

 

Cette petite statue, s’appelle communément « Le Petit Ropieur ». Comparé au titi parisien,  notre ropieur est franc et audacieux, « bon comme el pain, il a s’cœur dessus s’main » ! ( en montois)

 

Il représente un p’t gamin  d’environ dix ans,  qui, par beau temps permet aux enfants de venir boire à sa fontaine sous laquelle il tend la main.

 

Il ne se plaint jamais de la solitude,  alors qu’aujourd’hui  l’hiver n’arrête pas de reprendre vigueur !

 

Les passants n’ont pas soif… il fait trop froid… chacun se presse… des fois l’un ou l’autre petit enfant traversant le parc fait un petit écart pour mettre sa main dans la sienne… maman, maman ! L’eau est toute gelée… allez, allez répond-elle : vient vite,  il fait froid… on reviendra au printemps !

 

C’est un petit d’homme, ne mesurant pas plus d’un mètre vingt ! Une taille correcte pour lui faire faire des balades de rêve,  je lui ai promis de l’emmener dès qu’il m’aura fait signe !  Il n’est pas question de l’enlever de force… je devine que très bientôt il me dira :

 

«  Qu’as-tu de si beau à me faire découvrir ? » Baliverne,  quelle idée saugrenue ? M’apprendre à marcher,  ça fait plus de septante ans que je suis là !

 

Ne t’inquiète pas mon petit d’homme,  je reste là à attendre un signe de toi… un clin d’œil ? Qui sait… peut-être aimerais-tu m’asperger avec l’eau de la fontaine dès le  dégel? Ne fût-ce que pour me taquiner… me faire fuir… faire tout ce que tu peux pour me faire disparaître ? Tu sembles tellement espiègle, capable de faire plein de bêtises!

 

Après avoir attendu si longtemps,  il n’est jamais trop tard, aimerais-tu faire quelques  farces, aux enfants un peu plus petits ou un peu plus grands que toi ?

 

Je finirai par croire que tu es trop fier et que tu aimes être immobile ! Ah oui, il est vrai que tu es une véritable  personnalité importante dans notre ville… tous le monde n’a pas ta chance ni ton honneur d’habiter dans le Jardin du Mayeur !

 

Si,  si,  j’oubliais : quelques clochards peut-être,  se cachant avant la fermeture des portes ? Des amoureux assis sur le banc se bécotant sous ton nez ? Non, ça te laisse froid ?

 

C’est beau l’amour, ah oui, tu ne sais pas ? Mais ça je te le promets, je pourrais t’emmener dans un parc des environs, te faire rencontrer une fillette de ton âge,  en douce,  à l’insu de tous !!

 

Oui, je l’admets,  ce n’est pas très correct, le Mayeur et les édiles de la ville crieraient au scandale ! Cette petite dame,  pas encore vieille, avec des sottes idées, est ce qu’elle s’imagine… Déménager les statues de la ville… pour un caprice de d’jambot !!

 

Tu me répondras : je ne t’ai rien demandé, … mais c’est une proposition… j’aimerais que dès que tu te mettras à marcher nous allions ensemble découvrir la beauté de notre ville !

 

Je t’emmènerai en premier lieu au parc du Wauxhall, c’est à quelques pas d’ici. Là y a des jeux de ton âge… des enfants comme toi… tu n’as jamais fait de la balançoire ? …oui, oui,  je te le promets… je te pousserai… il y aussi des superbes statues !

 

Si ma mémoire est bonne, parmi elles,  je suis sûre qu’il y a une très belle jeune fille,  tu pourrais faire sa connaissance… et qui sait…!

 

Non, non,  mon petit d’homme,  je suis patiente… je t’attends… c’est comme une conquête… je t’apprendrais à marcher !

 

Je t’en prie, ne me traite pas de vieille, ni d’un peu fofolle… viens, suis moi…ne crains rien !

 

Ce ne sera pas encore pour aujourd’hui… à mes moments perdus je reviendrai te tenter… te taquiner… t’agacer,  pourquoi pas ? Je sais qu’un jour tu marcheras…

 

 

                                             *********************

 

 

Bonjour, mon p’t Ropieur …oui,  je sais, je t’ai un peu délaissé ! Tu ne m’en veux pas ? J’avais d’autres travaux d’écriture à terminer et des visites à rendre. Sache que j’ai pensé à toi chaque jour ;  non, ne me regarde pas comme ça !

 

Tu es déçu ? Ah oui,  tu commençais à t’amuser de nos conversations,  mais je présume que tu as eu d’autres visiteurs, non ? Oui, il est vrai que  les autres n’ont pas cette idée folle de vouloir  te faire marcher et  de te faire découvrir notre cité, c’est ça ?

 

Je t’en prie, je n’apprécie pas que tu me fasses la tête,  explique-moi pourquoi tu me boudes ? Je suis presque contente que tu sois immobile…tu ne peux même pas te sauver !  

 

Je peux te regarder droit dans les yeux, na ! Je vois bien qu’il y a quelque chose qui te tracasse,  mais les autres fois tu semblais plus expressif ! 

 

Oui,  tu as le droit de ne pas avoir envie de me voir ? Mais tu n’as rien à craindre,  oui,  oui, j’ai compris,  tu n’as aucune envie de quitter ton jardin… ce n’est pas  encore  aujourd’hui que je te ferai marcher. Bien,  je ne souhaite pas t’ennuyer plus longtemps…le travail m’attend ! Au revoir à bientôt !!

 

Hé…hé…ne pars pas si vite….

 

Quoi ?

 

Non, j’hallucine,  tu veux que je m’approche de toi avant de partir ? Tu veux me chuchoter à l’oreille ? Tu veux me serrer la main ?

 

Ah, là je comprends, tu  souhaites que je t’embrasse…attends un instant…les passants vont trouver ça étrange…tu crois pas ?

 

Ah, toi tu t’en fiches…qu’ils me prennent pour une illuminée qui embrasse l’ djambot du jardin du Majeur !!! Tu vois d’ici…les nouvelles dans la petite gazette de Mons !

 

Oui,  je reviendrai très vite,  sans doute avant la fin de la semaine…tu ne veux pas que je te quitte ? J’en perds mon latin…dans un premier temps tu me nargues… ensuite tu  me boudes… c’est ça… qu’as-tu d’important à me raconter ?

 

Tu as eu de la visite cette nuit ! Ah bon, raconte-moi. Des chauves-souris,  tu appelles ça de la visite !  Il y en a plein mon jardin à la tombée de la nuit,  est-ce si extraordinaire ?

 

Bien sûr,  elles voulaient m’emporter au Parc du Wauxhall… ah… elles voulaient t’emmener alors que moi je voulais te faire marcher ! Si j’ai bien compris tu veux choisir  la facilité,  c’est ça ! A vol d’oiseau,  non à vol de chauves-souris,  c’est à quelques pas ! Tu voulais dans ton rêve aller rendre visite à la belle jeune fille ?

 

 D’accord, ce n’est pas à moi de décider pour toi,  nous sommes en démocratie….pure théorie !

 

Si je suis déçue ? On le serait pour moins ! Ca fait des jours et des jours que je tente de réaliser mon rêve, à mes moments perdus … te faire marcher ! Là c’est toi qui me fais marcher ! Tu es un vrai galopin !

 

Bref,  si ce n’est pas possible dans la réalité… cette fois je vais te faire marcher au plus vite !  Quoi ? Moi te forcer ? Non,  là tu n’as rien compris…je continuerai à te rendre visite… je te le promets,  je viendrai te raconter des histoires,  des contes pour djabots de ton âge…

 

Je te ferai marcher en rêve…d’ailleurs ton histoire de chauves-souris,  je n’y crois pas une seconde !

 

Ah oui,  tu me l’avoues,  c’était pour voir ma réaction…et bien j’en suis ravie …j’étais presque triste qu’elles avaient pris plus d’importance auprès de toi,  que moi !

 

Non, non, pas de scène de jalousie,  n’empêche que tu n’étais pas rassuré de me revoir quand je t’ai dis au revoir tout à l’heure !

 

Cette fois je te quitte,  mais promesse tenue,  je reviendrai !

 

Des contes et des histoires, j’en ai plein les poches…non,  la tête ! Je t’apporterai la photo de la statue  de la jeune fille. Tu verras… tu pourras en rêver des nuits entières !!

 

J’en suis sûre,  tu te sentiras de moins en moins seul,  je ferai l’intermédiaire entre vous deux !

Je viendrai te raconter et quand tu te rendras compte que je commence à radoter,  tu n’auras qu’à faire un signe pour que je te quitte,  mais avec douceur,  sans  intention de me blesser ? D’accord !

 

Oui,  je sais tu as le cœur sur la main  et que là où tu vis, tu vois tant de monde,  qui ne fait que passer,  dis-moi,  suis-je la première à m’attarder pour  te faire la conversation ?

 

Bien sûr,  pour me faire plaisir tu me répondras,  oui ! D’accord, tu ne dois pas tout me dire,  tu as le droit d’avoir tes petits secrets. Je ne veux pas être possessive,  tu as le droit de parler avec qui tu veux !

 

A ma prochaine visite,  je te raconterai ce que la belle jeune fille du Parc du Wauxhall a à te dire !  Je suis certaine que tu es déjà  tout chamboulé… promis, dès que je lui aurai rendu visite je te ferai part de son message…tu risque de ne plus jamais t’ennuyer,  je vais te faire marcher dans tes rêves !

 

Tant mieux ? Eh bien,  moi aussi je suis ravie de te faire ce plaisir… là je te quitte et te dis à très bientôt pour la suite.

 

Coucou ! Bonjour petit ropieur !  Tu as l’air heureux de me voir aujourd’hui. Oui,  j’ai sa photo…je sais,  tu t’impatientes,  tu veux voir à quoi elle ressemble ! Oui, oui,  moi,  je la trouve jolie…tous les goûts sont dans la nature.

 

Désolée,  il pleut,  attend j’ouvre mon parapluie…tu permets ?

 

Tu es ému ? Tu trembles ?  Oh,  je te comprends,  c’est nouveau pour toi,  ce n’est quand même pas la première fois que tu verras une jolie fille….il en passe des dizaines par jour ici, non !

 

Mais celle-ci est particulièrement jolie et tout comme toi elle est dans son jardin,   immobile,  certes depuis moins longtemps que toi,  quoique…il faudra  que je me renseigne !

 

Voilà ! Qu’en penses-tu ? Ah, tu as l’air ravi ! Elle est encore plus belle que tu l’avais    imaginé ? J’en suis heureuse pour toi ! Si je lui ai parlé de toi ? Bien sûr,  je l’avais promis et comme j’avais pris ta photo,  chacun à celle de l’autre.

 

L’essentiel c’est que  tu sois heureux ? Que je ne t’ai pas trop perturbé ?  C’est une belle expérience ? Un peu de vie en plus dans ton Jardin ?  Oui,  j’en suis très heureuse !

 

Mais oui,  je ferai l’aller retour tant que j’aurai l’occasion à mes moments perdus,  je tiens toujours parole !

 

Mais si je suis ton raisonnement,  tu veux que je vienne le plus souvent possible. Ca je ne peux pas te le promettre !

 

Je pense que si l’une ou l’autre personne qui lit notre petite histoire,  aura peut-être envie de te découvrir avec d’autres yeux à la prochaine occasion en traversant le Jardin du Mayeur !

 

Ah, je vois que tu vas partager des bons moments avec d’autres,  c’est l’ouverture au monde et que chacun vienne te raconter une merveille de notre ville !

 

Tu verras, tu feras encore des belles rencontres… tu me raconteras… dis ?

 

Je n’ai pas su t’apprendre à marcher,  mais maintenant je sais que tu marches dans ta tête et que tout un chacun,  en passant te verra avec des yeux aussi espiègles que les tiens ! Bonne soirée… petit galopin …à la prochaine fois ! Fais des beaux rêves !

 

 

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Publié dans Auteurs invités

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B
Imaginons... te si le galopin partait vraiment en prommenade, et si  jamais un jour, il n' y avait plus personne sur son socle... où serait-il parti, vers quel voyage ?
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