Le signet - Pascale Déplechin

Publié le par Ernest J. Brooms

La douce torpeur de l’éveil, quand les soucis ne vous reviennent pas encore comme un boomerang en plein visage. Les gazouillis des oiseaux l’amènent doucement à une semi-conscience. La chaleur de la couette la pousse à prolonger ce moment de bien-être. Ses yeux restent clos.

Et puis, le cri, horrible. Lointain et proche à la fois. La voix de son père. Elle a senti sa peur. Qui la tenaille aussi maintenant. Elle ne bouge plus d’un millimètre. Elle voudrait ouvrir les yeux, dévaler l’escalier, se précipiter dans leur chambre, mais elle est pétrifiée. De toute façon, elle sait.

Les heures s’égrènent. Les pleurs ont succédé au cri ; son père est l’image même de la douleur. Elle ne verra pas sa mère. Elle ne sait pas pourquoi. Elle vit hors du temps, bizarrement. Inerte. Les autres ont défilé, l’ont regardée d’un air si triste, si compatissant. Pourtant, elle sait, elle, que maman n’est pas morte, pas vraiment : elle n’a pas fini son livre. Il était dans le hall quand ils sont partis au funérarium. Le signet était au milieu du roman. Maman ne partirait pas sans connaître la fin de l’histoire. Elle n’a que quinze ans, mais elle connaît bien sa mère ; elles se ressemblent tant.

Les gens disent que la défunte a l’air serein. C’est normal, puisqu’elle va revenir. Papa leur parle : « Je lui ai donné un calmant, elle était sous le choc…mais j’ai peur de la voir s’éveiller ». La fille trouve que son père a une drôle de façon de parler d’elle, comme si elle n’était pas là… elle est dans une brume étrange. Immobile.

En plus, cette odeur de fleurs, entêtante. Le temps élastique. La chambre funéraire elle-même est irréelle. Pourquoi donc a-t-elle eu l’impression d’y passer toute la journée, sans qu’on la laisse voir sa mère pourtant ? Son regard englobe tous les gens de loin. Et toujours ces yeux mouillés…Papa s’absente parfois et maman, qui n’est pas là non plus.

Rien que ce froid mortel. Elle ne sent plus rien. Papa s’en va. Elle se voit, seule, figée et comprend…


L’homme a pris vingt ans en un jour. La maison n’est plus son refuge. Sur le canapé, sa femme est toujours plongée dans un sommeil faussement apaisant. Il monte lourdement l’escalier. Il ouvre la porte de la chambrette de sa fille, regarde les posters au mur, le lit vide… Sur la table de nuit, un livre est fermé, le signet posé dessus.

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Pascale Déplechin
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S
C'est bien rédigée avec des termes choisis;j'apprécie cette atmosphère à la fois inquiétante, et énigmatique.La maman de cete jeune fille est elle morte? Son père l'a t' il tuée?L'a t'il anesthésiée pour qu'elle ne termine pas son livre afin de révéler la vérité?.Mais la jeune fille refuse d'accepter le "départ" de sa maman.Moi aussi,lorsque j'assistais à l'enterrement de ma tante qui m'avait élevée,je me refusais à admettre que ma tante était "enfermée" dans un cercueil;je voullais absolument ouvrir le couvercle  de la bière pour qu'elle puisse respirer!
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E
C'est court, c'est bien écrit, c'est bien conçu, c'est surprenant... c'est une nouvelle, une bonne nouvelle ! Et vous, les autres membres, qu'en pensez-vous ?
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S
J'aime beaucoup...c'est fou comme parfois on se sent seul même entouré.....
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E
<br /> <br /> <br /> Une introduction réaliste que chacun peut éprouver au lever et qui se mue en une nouvelle insolite, voire étrange, hors du temps, ainsi que le vit la jeune fille. Une chute inattendue qui colle au titre. Une ambiance en point d'interrogation qui incite à se livrer à une seconde "relecture"<br /> <br /> <br /> _________________Edgard Déplechin http://www.edidep.over-blog.com<br /> <br /> <br />
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F
très émotionnel, ça me plaît beaucoup. La divulgation par épisodes de l'émoi du protagoniste ,est telle qu'un mal lancinant...
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