La Dune - Eric De Langhe

Publié le par Ernest J. Brooms


La dune.

 

 



Azur, le ciel,

Blanc, le nuage,

Gris, le flot,

Beige, l’écume,

Doré, le sable,

Vert, l’oyat.

 



Changeant, le ciel,

Flottant, le nuage,

Roulant, le flot,

Moussante, l’écume,

Mouvant, le sable,

Chantant, l’oyat.

 

Menaçant, le ciel,

Lourd, le nuage,

Ronflant, le flot,

Bruissante, l’écume,

Transperçant, le sable,

Ondulant, l’oyat.

 

La dune, sans les prendre de haut, les observe un à un …

Elle devine leur humeur à chacun,

Au ciel, au nuage, au flot,

A l’écume, au sable, à l’oyat.

Mais eux ne s’en doutent pas.

A quoi bon d’ailleurs ?

Rien n’y changera, sauf peut-être…

 

Sauf peut-être le soleil…

Ou alors la pluie, qui sait ?

La dune, elle, à force, elle sait.

Leurs couleurs, leurs bonheurs, leurs malheurs,

Leurs émotions, leurs sensations, leurs affections,

Au ciel, au nuage, au flot,

A l’écume, au sable, à l’oyat.

 

La dune en profite aussi pour épier au loin, vers l’horizon,

Une voile qui apparaît, puis disparaît.

Elle se hisse sur la pointe des pieds,

Elle tente de voir par-dessus la ligne grisâtre.

Elle n’en croit pas ses yeux, son regard se voile.

Elle n’insiste pas, elle vérifiera plus tard,

De toutes façons, elle ne bougera pas de là.

Elle se retourne vers le polder.

Là-bas, trois petits clochers, mais pas de cathédrale.

Des peupliers qui n’ont personne sur qui s’appuyer,

Peur de tomber dans ce canal qui s’est perdu.

Tiens, elle a oublié qui l’a chanté celui-là.

Ils sont tous à ses pieds, elle les connaît depuis longtemps.

Mais elle ne s’en vante pas, elle ne bouge pas.

 

 

Au large, la voile s’enhardit,

Son mât aperçoit la dune et semble la reconnaître.

Elle veut s’en approcher mais sait pourtant qu’elle ne le pourra pas.

Elle cherche son chemin, elle erre un peu.

De tout au loin le phare aussi l’a vue et l’appelle :

Même s’il ne fait pas nuit, il est là, il veille.

La dune veut l’encourager et lui dit que là-bas, l’estacade l’invite…

 

 

Elle sait ce qu’elle veut, la dune, elle est forte et volontaire.

Elle a même interrompu une digue, c’est vous dire…

Elle n’a qu’un seul rival qui la nargue quand elle se tourne vers lui,

Le moulin avec ses grandes ailes à damiers rouges et blancs.

Et lui, il joue à faire son fier, plus encore quand souffle le vent,

Qui s’échine à la faire gémir, elle, la dune,

Quand elle veut lutter et lui résister alors que lui tourne gaillardement.

 

 

C’est dans son caractère de vouloir à tout prix s’accrocher,

Même si le vent et la marée lui chatouillent souvent les pieds.

Les mouettes ricanent parfois, de leur cri moqueur,

Faisant mine de s’abattre sur ses épaules chevelues.

Mais elle aime bien rire, la dune et de temps en temps,

C’est elle qui se montre taquine avec la mer…

Pourquoi pas ? Elles en resteront quand même là,

Pas de dispute, d’accord, c’est « Une fois toi, une fois moi ! ».

 

 

Parfois, elle se sent cernée, elle ne sait plus où se jeter,

Elle se trouble et hésite, elle ne sait à quel saint se vouer ni choisir

Entre l’exubérance des coquillages sans cesse refoulés,

Et la tranquillité du placide océan de bruyères.

Entre les vagues qui s’entremêlent avec acharnement

Et le bout de plage nonchalamment allongée sous le vent.

Elle veut demander l’avis de l’Albatros « Je sais tout »,

Mais lui, il l’ignore, il plonge, il plane, il est fou.

 

 

 

L’enfant s’approche de la grande dune, elle le fascine.

Il veut y grimper pour la dompter.

Cent fois, il recommence, sans jamais s’épuiser.

Enfin, il parvient à vaincre la crête, et d’en haut,

Au milieu des oyats qui sifflent dans son cou,

Il se sent tout-puissant et est sûr maintenant de dominer le monde.

En bas, c’est le tumulte des vagues moutonnantes

Et des embruns de sable portés par la brise.

 

 

Alors la dune, partageuse, accepte le jeu et lui fait découvrir son univers,

Le ciel, les nuages, les flots, l’écume, le sable et les oyats, la mer.

Ils sont tous là, même le soleil cette fois a fait un effort,

Et s’amuse à illuminer le regard de l’enfant.

Ses yeux bleus et sa tignasse blonde, ébouriffée par le vent,

Disent toute sa béatitude et sa joie de l’instant.

Et le moulin applaudit de ses grandes mains tachées de couleurs.

La belle dune vit et sent renaître en elle son allégresse.

 

Et l’enfant conquistador peut enfin se laisser rouler sur les flancs de la déesse.

 

Wapiho (edl) – 2008/2009.

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Publié dans Auteurs invités

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S
Magnifique!!! Je me love dans le sable de ta dune...voluptueux de poésie!!
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E
Comme l'oyat fixe les dunes, les mots, les images, le sens de l'observation fixent la poésie...
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F
amoureuse de la mer et des grands espaces voici un texte qui ne pouvait me laisser insensiblebig bisous
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