Il me faudrait un texte… Ernest J. Brooms
Il me faudrait un texte qui habiterait ma tête. Magnifique, libre, doux et violent, dur et tendre, d’agression, de soumission, d’amour et de haine.
Il serait de toutes les couleurs, franches et pastels. Les couleurs du ciel et de la terre, du jour, de la nuit.
Il vibrerait de sons riches et pleins, harmoniques, distordus, des aiguës altières aux graves profondes.
Je le dessinerais de lettrines, d’enluminures, d’arabesques, de tags, de gothiques, de graffiti. Calligraphie de l’âme, brouillon des désespoirs.
Il faudrait le chanter, le déclamer, l’acclamer, le murmurer, le gueuler, l’articuler. L’écrire sur les murs, l’eau des rivières, sur la pierre, sur papier vergé. Le lire du bout de doigts, tout le long des cils, en corps à corps.
Je le voudrais d’aventure, courtois, vulgaire, d’histoire et d’anticipation, d’aujourd’hui, du moment qui fuit. De drame et de joie. Très court et long à lire. D’encre et de crayon. Une histoire fantastique, une épopée fanatique, d’apocalypse, de création, de vérité, de mensonge, de brebis et de loup, de serpents et de colombes. Il serait prose et poésie.
Un texte à boire, à mâcher, à déguster. A avaler.
Ne reste plus qu’à l’écrire…
EJB