La douleur au ventre - EJB
La douleur au ventre, couteau, tenaille qui tord, arrache, étripe, du frémissement au hurlement, et vous tient ferme, ne dort jamais, sommeille à peine et se réveille chaque fois qu’on la croit disparue pour te rappeler toujours que tu n’es rien, que tu ne comptes pas.
Les autres s’éloignent et ne supportent pas le visage de la douleur, la craignent trop pour eux-mêmes ; s’y intéresser, c’est l’accepter, se préparer à ‘issue, cesser de vivre pour vivre, ouvrir les yeux sur l’autre avant de les lui fermer, ce sera survivre pour mourir.
Est-ce pour en arriver là qu’un jour, une nuit, une mère donne le sein à son enfant ? Que deux êtres font l’amour ? Est-ce pour cela que, par contre, les hommes se détruisent, se font la guerre, donnent de la matraque, se haïssent ? C’est la mort qu’ils exorcisent par leurs coups…
La douleur encore. Ou du moins, cette sensation mélangée de froid, de frisson et de chaleur soudaine. De froid surtout ! En prémices. La peau se pique de partout de pointes frileuses, tremblantes à chaque mouvement, même imperceptible.
Ne plus jamais vivre cela. Même la cigarette n’a plus de goût. L’écriture se fait fébrile, nerveuse. A coups de petites lettres griffonnées. Vite le temps presse ! Qu’il tienne encore un peu. Au bout du souffle, espérer qu’il en ait un autre naissant.
Ernest J. Brooms
photo : EJB - Le temps qui passe - Beaune